Tsukuri – kuzushi – kake

Même si l’apprentissage passe par une phase « d’imitation », effectuer une technique d’aikido, même de manière statique et lente, ce n’est pas simplement reproduire une forme, un geste…

Pour qu’une technique relève de l’aikido, il faut qu’elle soit construite en respectant le principe aiki et toutes les notions qui y sont rattachées. Mais comme cela est particulièrement complexe à comprendre, je propose quelques points de repère classiques dans la construction d’une technique. En voici trois, que l’on retrouve également en judo, et qui sont :

 Tsukuri – kuzushi – kake

作 り – 崩 し – 駆 け

 

Le premier est donc tsukuri qui signifie : préparer, bâtir, fabriquer ;

Le deuxième est kuzushi qui a le sens de : détruire, démolir, casser ;

Le dernier est kake et signifie : courir, agir, foncer ;


Voyons comment cela se traduit dans la construction d’une technique.

  • Tsukuri, c’est le placement (issu d’un déplacement) : il est primordial d’être correctement placé (par rapport au partenaire) si l’on souhaite déséquilibrer, porter un atemi ou tout simplement esquiver. On retrouve le sens littéral de « préparer » car lors de cette première phase, on prépare les conditions idéales d’exécution de la technique.
  • Kuzushi, c’est le déséquilibre : une fois le déplacement correctement effectué, la mise en déséquilibre du partenaire peut s’effectuer avec la plus grande efficacité (et le minimum de force). On retrouve le sens littéral de « détruire » à prendre dans le sens de sapper : l’équilibre (aussi bien physique que mental d’ailleurs) du partenaire est mis sous contrôle.
  • Kake, c’est l’engagement final : lorsque le déséquilibre est amorcé, l’action peut être engagée avec force et décision ne laissant d’autre choix à celui qui la reçoit que la chute (ukemi).

 

Dans l’apprentissage, un défaut recurrent est celui de vouloir « faire la technique », de « projeter le partenaire », coûte que coûte. C’est souvent parce qu’on veut arriver trop vite à la phase du kake (ce moment merveilleux où l’on projette !) sans avoir pris le temps de réaliser tsukuri et kuzushi. C’est aussi parfois parce qu’on veut faire la technique « avec les bras » (i.e. reproduire la gestuelle) : or ces trois temps ne sollicitent pas le corps de la même façon :

  • Tsukuri sollicite surtout les pieds (il faut bien se déplacer !) ;
  • Kuzushi sollicite principalement les hanches (on déséquilibre avec la force du corps) ;
  • Kake c’est l’action du corps entier et les bras sont là pour transmettre la force, pas pour la créer…

Mais il faut prendre garde à cette « décomposition » de la technique en phases. Dans l’idéal, il n’y a qu’un seul « temps » en aikido. Tsukuri-kuzushi-kake, c’est pratique pour comprendre (et apprendre) mais cela reste pédagogique. Avec la pratique, les phases tsukuri et kuzushi deviennent quasi-simultanées ; avec l’expertise, le tsukuri est constamment optimal et kuzushi et kake deviennent un seul temps ! Voilà de quoi bien nous occuper non ?

Yamaguchi_kuzushi

Yamaguchi sensei – kuzushi !

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